Dossier

Le projet "MERITE" veut redonner toute sa place à la technologie

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A tous les niveaux du système éducatif, les savoir-faire techniques et la technologie sont en perte de vitesse et motivent moins les élèves. Tel est le constat que dresse Mines Nantes. Aussi se mobilise-t-elle, avec ses partenaires, dans le cadre du projet "MERITE", pour redonner aux enfants du primaire et du secondaire le goût de l'expérimentation et de l'apprentissage pratique - notamment à l'aide de mallettes pédagogiques leur permettant de travailler sur des problèmes concrets. Des formations pour les enseignants des lycées ont également été mises sur pied.

L'acquisition des connaissances technologiques à l'école et au collège serait-elle menacée ? Et son déclin pourrait-il, à terme, avoir un impact sur l'ensemble de notre système éducatif, jusque dans le supérieur ? A Mines Nantes, traditionnellement en pointe sur les questions de pédagogie et de diffusion des sciences et techniques, on en est convaincu, et on s'en inquiète. "La formation dispensée aux enfants est de plus en plus déconnectée de la réalité. Or le contact avec le monde matériel est capital pour apprendre et prendre confiance en soi. Cette disparition progressive fait perdre aux enfants leur curiosité", souligne Anne Beauval, directrice de l'école.

"Nous sommes convaincus que l’étude et la mise en œuvre de concepts technologiques ou techniques constituent un moyen de remobiliser les élèves, ajoute Carl Rauch, enseignant-chercheur à l'école, expert en méthodes d'apprentissage des sciences et technologies. Or actuellement, la mise en pratique se raréfie, dans le primaire comme au collège. Ou alors, on propose aux jeunes des outils si sophistiqués (écrans, tablettes, logiciels de simulation…) qu’ils en sont réduits au rôle d’utilisateurs, certes à l’aise en apparence (plus à l’aise même que bien des adultes), mais ignorant tout des concepts sous-jacents. Même les élèves ingénieurs ont de plus en plus de mal avec la technologie.  Pour se former, ils ont besoin de maîtriser les concepts de base de la mécanique ou de l'électricité. Or l'essor du numérique les détourne de ces apprentissages, car ils vivent dans un monde de plus en plus virtuel."

Aussi l'école a-t-elle décidé de s'attaquer au problème. D'abord en s'efforçant de promouvoir la démarche d'investigation et de projet dans ses programmes, et en accompagnant son déploiement dès l’école primaire. Cette démarche est désormais inscrite dans les programmes. "Par la suite, nous avons voulu aller plus loin, et proposer une nouvelle approche de la pédagogie, ainsi que des formations pour les enseignants", indique Lotfi Lakehal-Ayat, coordinateur de l'accompagnement scientifique La main à la pâte à Mines Nantes.

Le projet baptisé "MERITE", qui prévoit un plan d'action sur cinq ans, s’inscrit dans cette logique. Il met d'abord l’accent sur la culture technologique : il s'agira de mettre à disposition des classes de primaire et de collège des mallettes contenant des matériels simples mais bien conçus pour leur permettre de découvrir, via l'expérimentation, des concepts technologiques et des savoir-faire techniques fondamentaux. Exemples : comment obtenir du métal à partir d’un minerai ? Comment fabrique-t-on une lessive ou une structure rigide et légère ? Comment les machines communiquent-elles entre elles ? "Les élèves procèdent par essai et erreur, explique Lotfi Lakehal-Ayat : partant d’une question ou d’un défi, ils réalisent une expérience, observent le résultat, essaient d'améliorer leur démarche, partagent leurs observations, débattent... Ils assimilent ainsi les concepts en manipulant des objets. L’enseignant, de son côté, les guide dans leur découverte, et surtout les aide à structurer - par un travail collectif - le nouveau savoir qu'ils ont acquis." Le dispositif permet une progression dans l'apprentissage, sur 7 séances d'une heure chacune. Une dizaine de thèmes ont été retenus, l'objectif étant de diffuser une cinquantaine de mallettes par thème dans les académies.

 

Marquer durablement les esprits

 

La seconde action prévue dans le cadre de "MERITE", dédiée à la culture industrielle, s'adressera aux enseignants des lycées. Elle leur propose des sessions de formation de quatre jours, avec des visites d'entreprises. Objectif : leur faire comprendre les pratiques des industriels, comme le travail collaboratif ou l'innovation, en leur apportant des outils et des méthodes de formation fondés, eux aussi, sur la démarche d’investigation - mais pour des adultes cette fois.

"MERITE" s'inscrit ainsi dans le droit fil de l'opération La main à la pâte, lancée par Georges Charpak en 1996, et qui repose sur un apprentissage inductif et actif. Autour de Mines Nantes, une dizaine de partenaires académiques se sont regroupés : Centrale Nantes, l'Ecole de chimie de Rennes, l'Ecole supérieure du bois, l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers, l'IRT Jules Verne, Télécom Bretagne, l'Université de Nantes.Par la suite, plusieurs acteurs devraient se joindre à eux : les rectorats de Loire-Atlantique et de Bretagne ainsi que leurs directions départementales, les directions diocésaines pour l’enseignement privé, et les Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE) pour la pédagogie. Ensemble, ils cherchent à agir d'abord au niveau régional, avant de rayonner à plus large échelle sur cette thématique d’intérêt national.

Reste la question du financement. Les partenaires de "MERITE" tablent sur un budget total de 2,5 millions d'euros, dont la moitié sera apportée par le programme des investissements d'avenir. Pour le reste, les discussions sont en cours avec la Région des Pays de la Loire, le FEDER, des industriels et d'autres partenaires - sans oublier la participation des établissements eux-mêmes.

"Notre ambition n'est pas de bouleverser l'enseignement primaire et secondaire, mais d'offrir aux élèves l’expérience concrète et structurée d’un certain nombre de concepts fondamentaux, précise Carl Rauch. Avec une dizaine de séances de ce type dans l'année, il est possible de marquer durablement les esprits, et de redonner à de nombreux enfants le goût d’apprendre, la confiance en eux, la joie de créer et d’innover." Un enjeu majeur donc : car les évolutions actuelles de l'enseignement, et notamment la place croissante du numérique et du virtuel dans les cours, ajoutée à l'abandon progressif des apprentissages pratiques, expliquent pour une bonne part le désintérêt des jeunes pour la technologie et pour certaines filières scientifiques. Une tendance qui se retrouve dans leurs choix d'orientation. Et qui, in fine, contribue sans doute au déclin de l'industrie dans l'Hexagone.

 

 

Quand une école d'ingénieurs accueille des élèves du primaire

Mines Nantes organise le 4 juin prochain la deuxième édition de son "défi technologique", destiné aux enfants du primaire.

Le 4 juin prochain, l'école des Mines s'apprête à accueillir 242 enfants d'écoles primaires de la région nantaise, à l'occasion de la deuxième édition de son "défi technologique". Objectif : permettre à ces très jeunes élèves de s'initier à la technologie et les aider à découvrir de nouveaux savoir-faire, en s'appuyant sur la démarche d'investigation. Tout au long de cette journée, ils auront à plancher sur un projet précis, et seront accompagnés par des étudiants de Mines Nantes impliqués dans des actions éducatives autour des sciences (opération "main à la pâte", ateliers sciences en milieu hospitalier, par exemple).

Lors de la première édition du défi technologique, en juin 2014, près de 200 élèves de quatre écoles primaires avaient ainsi pu travailler, par petits groupes, à la conception d'un véhicule capable de rouler le plus loin possible en utilisant des matériaux de base (papier, carton, bouchons…). L'occasion pour eux de découvrir de nouveaux concepts - comment réaliser un véhicule capable de rouler, puis de rouler bien droit, et enfin de rouler de plus en plus loin - en s'appuyant sur la démarche d'investigation. Une opération qui avait suscité un grand enthousiasme chez les enfants, et qui est donc reconduite cette année. L'initiative vise aussi à permettre aux enseignants d'échanger entre eux et avec des enseignants-chercheurs, afin de réfléchir à leur pratique pédagogique et à la mise en place d'un enseignement fondé sur l'investigation. Ce "défi technologique", organisé dans le cadre de la formation des enseignants du primaire et du secondaire et mis sur pied par le Centre de Ressources en Physique Expérimentale (CRPE) de Mines Nantes, s'inscrit dans la même logique que le projet MERITE.

Cet évènement est également porté par le fonds de dotation Mines Nantes qui soutient prioritairement le développement du goût des sciences auprès de plus jeunes. C’est en effet un des enjeux de la nouvelle campagne de collecte de fonds pour la campagne 2014-2019. « Les dons collectés sur l’axe « accompagnement des jeunes » seront affectés aux différents dispositifs soutenus par l’école, dont le défi technologique » explique Catherine de Charette, la directrice du Fonds de dotation. Au premier rang de ces mécènes figure Dominique Louis, le président d'Assystem, ambassadeur du Fonds de dotation - et aussi parrain de la promotion 2013. Particulièrement concerné par la promotion des sciences et technologies auprès des jeunes (voir), Dominique Louis s'est engagé pour un montant de plus de 100.000 euros afin de soutenir différents projets servant la promotion des sciences et technologies auprès des plus jeunes. "Le développement et la maîtrise de solutions technologiques seront au cœur des enjeux de notre société pour les prochaines décennies : adaptation au changement climatique, raréfaction des ressources, compétitivité…, souligne le PDG d'Assystem. Ils seront une clé de la réussite de la France dans l’avenir. Cette capacité technologique et industrielle doit se préparer dès maintenant, en donnant le goût des sciences aux plus jeunes. C'est pourquoi Assystem a décidé d’apporter son soutien à ce projet. Nous voulons contribuer à bâtir la croissance de demain par des technologies innovantes, mais aussi en investissant dans les compétences et la formation.Assystem contribue ainsi à promouvoir ces actions auprès d’autres entreprises et de particuliers." De quoi, on l'espère, susciter d'autres dons...

 

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