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Les chaires industrielles : un outil clé pour faire avancer la recherche

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Conçues pour un partenaire industriel et en liaison étroite avec lui, les chaires permettent à l'école de renforcer ses compétences dans un domaine de recherche émergent. Et d'améliorer ainsi sa visibilité. Un outil stratégique pour l’établissement, donc.

Dans l'histoire déjà longue des relations entreprises-écoles, la création de chaires est une étape assez récente, au moins dans l'Hexagone, et une avancée majeure. "La chaire est un dispositif très pertinent, qui permet de monter ou de renforcer une équipe de recherche, en s'appuyant sur un financement industriel, lequel bénéficie des conditions avantageuses des fonds de dotation, souligne Anne Beauval, la directrice de l'Ecole des Mines de Nantes. On peut ainsi approfondir un sujet qui présente un intérêt à moyen ou long terme. On est là au cœur de la démarche de "recherche orientée". Et les deux partenaires, l'entreprise et l'école, y trouvent leur compte."

Depuis quelques années, l'école a donc entrepris de se doter de chaires industrielles. Le mécanisme est simple : l'industriel et l’établissement d’enseignement supérieur s'engagent pour une durée de cinq ans, sur un thème de recherche émergent, choisi en commun, moyennant un apport financier, par l'entreprise, de 1,5 million d'euros.

Que fait-on au juste dans une chaire ? Avant tout, de la recherche. "Nous travaillons sur la dispersion, sur de très longues périodes, des radio-nucléides à travers les roches, notamment en faisant appel à la simulation expérimentale et à la modélisation moléculaire, explique ainsi Bernd Grambow, directeur du laboratoire Subatech et titulaire de la chaire "Stockage et entreposage des déchets radioactifs". C'est un sujet qui touche à la fois à la science des matériaux ou à la physique et à la chimie, et aux questions sociétales. Il s'agit d'un enjeu de sûreté publique, avec des implications pour des milliers d'années : l'ANDRA (1) doit proposer pour 2015 un projet de site de stockage, qui ouvrira vers 2025." La chaire emploie  5 personnes à plein temps - dont un ingénieur chargé de l'analyse chimique, un doctorant et deux "post-doctorants".

 

Des bénéfices pour les deux partenaires

 

Les chaires contribuent au développement des établissements qui les portent.  Cela est appréciable dans un contexte budgétaire tendu pour l'Etat, qui pousse les établissements d'enseignement supérieur à rechercher de nouveaux types de financement - notamment du côté des entreprises. "Certes, mais le principal intérêt du dispositif est ailleurs, nuance Bernd Grambow. Il permet à l'école d'acquérir des compétences et de monter - ou d'étoffer - une équipe de chercheurs. Ainsi, pour la chaire " stockage", nous avons recruté en 2010 aux Etats-Unis un professeur de renommée mondiale (A. Kalinichev voir la vidéo). Il nous apporte son expertise, ses contacts, sa présence dans les conférences internationales... Il contribue à la visibilité de l'école, en France comme à l'étranger. Et il enseigne également en master." La création d'une chaire est donc pour l'école l'occasion de se développer, de faire reconnaître son excellence scientifique... et même de communiquer. Sans compter qu'elle peut déboucher sur de nouvelles collaborations. La chaire "stockage" a ainsi permis aux Mines de Nantes de décrocher plusieurs contrats sur des projets parallèles.  

De son côté, l'entreprise bénéficie des travaux engagés sur un sujet d'avenir, directement lié à son métier - même si les résultats obtenus dans le cadre de la chaire doivent être rendus publics. Et même si les retombées ne sont pas forcément immédiates. "Pour la chaire "stockage", il faut sans doute raisonner à l'échelle d'une vingtaine d'années, estime Bernd Grambow. Les prévisions de l'Andra du comportement du stockage vont même au-delà de mille années. Alors que pour Daher, le retour sur investissement sera obtenu en quelques années, voire moins sur certains points." Dans tous les cas, l'industriel accède aux toutes dernières avancées de la recherche sur des sujets pointus. Il peut ainsi conserver une longueur d'avance sur la concurrence, et doper son innovation. Daher, par exemple, a pu, grâce à cette chaire, se développer dans un domaine stratégique et s'y faire connaître.

Plus largement, les liens tissés avec son partenaire académique lui permettent de mieux en comprendre le fonctionnement, d'identifier ses compétences et besoins clés -et, à terme, d'engager de nouvelles collaborations. Le tout pour un coût somme toute raisonnable- d'autant qu'une firme privée peut déduire de ses impôts 60 % de son investissement, dans la limite de 5/1000 de son chiffre d'affaires. Rien d'étonnant, par conséquent, si les grands groupes multiplient les chaires - mais avec un nombre restreint de partenaires académiques.

Bref, c'est ce qu'on appelle une démarche "gagnant-gagnant". A condition que la chaire soit pilotée correctement, de part et d'autre. "Il s'agit d'une démarche de co-construction, souligne Catherine de Charette, directrice par intérim des relations entreprises et directrice du Fonds de dotation. Nous devons rendre des comptes à l'entreprise - au plan scientifique comme au niveau financier. Faire vivre une chaire est un nouveau métier pour les écoles."

 

De nouvelles chaires en perspective

 

Aujourd'hui, l'Ecole des Mines de Nantes envisage de créer d'autres chaires - toujours en s'appuyant sur ses domaines d'excellence. "Pour l'heure, nous en sommes à trois, qui sont surtout axées sur le nucléaire, parce que nous avons des relations anciennes avec les grands industriels du secteur, observe Anne Beauval. Nous en avons deux autres en gestation, autour de l'informatique et de l'environnement. Nous pourrions aller plus loin - par exemple dans des domaines comme l'énergie ou la robotique." Déjà, l'école a recensé une vingtaine d'entreprises-cibles, qui sont autant de prospects potentiels.

Reste que la création d'une chaire ne s'improvise pas. "Il faut d'abord identifier ses forces, repérer ce que l'on peut proposer, formaliser une offre... C'est un travail très en amont, et qui demande du temps, note Catherine de Charette. La proximité géographique, les perspectives de développement stratégique sont aussi des facteurs susceptibles de peser dans la décision. La signature de la chaire "stockage" a été le fruit d'une dizaine d'années de collaboration." Dans tous les cas, les chaires de l'Ecole des Mines de Nantes contribuent à étoffer son offre en direction des entreprises. Une offre désormais très complète, qui va du simple contrat d'expertise ponctuel à l'accueil de thésard et au partenariat de long terme qu'implique la chaire - avec tous les stades intermédiaires. De quoi répondre à tous les besoins des industriels.

(1) Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.

 

Les chaires industrielles des Mines de Nantes

 

- "Stockage et entreposage des déchets radioactifs". Cette chaire a été montée début 2009 avec: l'Andra (1), Areva,EDF et la FEED (Fondation Européenne pour l’Energie de Demain). Elle a débouché, à la demande des trois industriels, sur la création d'un master recherche.

- la chaire "Daher", signée en septembre 2010, est une initiative conjointe de l’équipementier européen Daher, de Mines Paris Tech et des Mines de Nantes.. Elle est l'un des très rares exemples de chaire qui ne soit pas portée par un grand groupe, mais par une ETI ("entreprise de taille intermédiaire").

- La chaire "RESOH", la plus récente (mars 2012), associe deux industriels et un institut public : DCNS, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et Areva. Elle pourrait accueillir de nouveaux partenaires par la suite.(Pour en savoir plus voir A LA LOUPE)

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