Trajectoire

Slasorb : traiter les eaux usées avec un sous-produit de la sidérurgie

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Lancé en septembre 2008, le projet européen Slasorb vise à traiter les eaux usées par un procédé original : en retenir les phosphates en utilisant un sous-produit de l'industrie sidérurgique appelé "laitier".

"Le phosphore est présent en grande quantité dans les effluents humains et aussi, dans une moindre proportion, dans les détergents, explique Florent Chazarenc, enseignant-chercheur au département systèmes énergétiques et environnement de l'Ecole des Mines de Nantes, initiateur et porteur du projet. Dans les grandes stations d'épuration destinées aux villes de plus de 20.000 habitants, il est traité grâce à des injections de sels de fer ou d'aluminium. Mais ces technologies appliquées pour les petites stations sont bien plus coûteuses." D'où l'idée d'utiliser les laitiers issus de l'industrie sidérurgique - un procédé déjà expérimenté outre-Atlantique, et que Florent Chazarenc a pu observer au Canada, où il a travaillé pendant cinq ans sur le sujet.

A compter de 2008, Florent Chazarenc a donc réuni différents acteurs pour répondre aux appels à projets européens. Il bâtit ainsi un consortium composé d'Arcelor-Mittal, numéro un mondial de l'acier, des PME Akut, qui opère dans le traitement des eaux usées, et Epur Nature, spécialiste des filtres plantés de roseaux, ainsi que de trois laboratoires : l'Ecole des Mines-Armines, coordonnateur du projet, et deux laboratoires allemands, FeHS et ArGe-HK. Le projet, qui prend le nom de Slasorb (pour "using SLAg as SORBent to remove phosphorus from wastewater"), obtient un budget d'un peu plus d'un million d'euros. Le démarrage a lieu en juillet 2009, pour une durée initiale de 36 mois - avant une prolongation de six mois.

"En matière de traitement des eaux usées, la déphosphatation constitue un enjeu majeur, car les législations européennes sont de plus en plus strictes. Nous sommes en avance sur les nouvelles normes, souligne Florent Chazarenc. Slasorb propose un procédé efficace et peu coûteux, qui en outre permet de valoriser un co-produit industriel, le laitier sidérurgique. On obtient au final un résidu riche en phosphates, qui peut être utilisé comme engrais pour l'agriculture."

 

Décrocher une première référence industrielle

 

Le consortium travaille d'abord à tester le procédé en laboratoire, avec des cuves de 60 litres, avant de passer à une expérimentation sur environ 6 mètres cubes. "Nous avons prouvé qu'il donne de bons résultats et qu'il n'existe aucun risque", indique le chercheur. L'étape suivante : passer au stade industriel, avec un démonstrateur de plusieurs milliers de mètres cubes. Pour cela, Slasorb a envisagé de s'implanter près d'un site sidérurgique.

Aujourd'hui, le projet européen est arrivé à son terme. Pour autant, Florent Chazarenc ne désarme pas : il continue à plancher sur le procédé, avec pour objectif prioritaire de convaincre un premier client de se lancer. L'équipe pourrait par exemple collaborer avec une collectivité locale pour construire une station d'épuration, en partageant les coûts. Florent Chazarenc est également en contact avec d'autres laboratoires des Ecoles des Mines d'Alès et d'Albi. "Je suis convaincu que dès l'an prochain, nous aurons notre première référence, en France, au Luxembourg ou en Allemagne, assure Florent Chazarenc. Ensuite, l'idée pourrait très vite faire boule de neige."

Parallèlement, Florent Chazarenc collabore avec Polytechnique de Montréal, comme professeur associé. Et dans le même temps, son équipe réfléchit à l'amélioration du laitier grâce à des composés minéraux - de quoi multiplier par 4 ou 5 son "pouvoir d'enlèvement" du phosphore. Autant dire que les projets ne manquent pas.

 

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