Trajectoire

Quand les sciences sociales et la radiochimie se penchent sur l’avenir des sites uranifères…

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La question du devenir des anciennes mines d'uranium requiert de mobiliser des disciplines multiples : de la radiochimie à la sociologie ou à la géographie. A l'Ecole des Mines de Nantes, un programme de recherche interdisciplinaire associant sciences de la terre et sciences sociales, a été constitué. Une démarche qui ouvre la voie à une série de projets.

Le nucléaire n'est pas seulement affaire de technologie : il questionne la façon dont nos sociétés gèrent les déchets à vie longue et les radio-isotopes naturels issus des procédés d’extraction de l’uranium, appréhendent le rapport à l’environnement et transmettent la mémoire des sites. Autrement dit, il convient d'aborder le sujet sous différents aspects, en associant sciences de la matière (chimie, physique) et sciences humaines et sociales. Cette approche "interdisciplinaire" ouvre de nouvelles voies de recherche, avec des perspectives prometteuses.

Le département des Sciences Sociales et de Gestion (SSG) et le laboratoire SUBATECH (UMR 6457 – Université de Nantes – CNRS/IN2P3 – Mines Nantes) ont ainsi organisé en février 2013 une journée thématique sur le thème "Temps, Technique et Uranium". L'initiative a donné lieu à la publication d'un ouvrage aux Presses des Mines ("Le nucléaire au prisme du temps"). Depuis, le SSG, le réseau Becquerel du CNRS- IN2P3 et SUBATECH ont développé cette collaboration. Un programme de recherche baptisé "Traces, transfert et patrimoine" a vu le jour. « Il vise à réunir les disciplines autour d’un programme commun : caractériser les traces de l’exploitation d’uranium sur le territoire, analyser le transfert dans l’environnement et qualifier le territoire dans une logique de patrimoine,» explique Sophie Bretesché, sociologue au SSG.

Que faire de ces sites dans une perspective de long terme ? Faut-il les sanctuariser ? Le public doit-il se les réapproprier, et dans quelles conditions ? Pour tenter de répondre à ces questions, l'équipe « Traces, transfert et patrimoine" va étudier une ancienne mine exploitée par AREVA en Pays de la Loire, dans une optique environnementale globale, avec un focus sur l’impact des "verses à stériles" (matériau riche en uranium mais non exploité) de l'extraction d'uranium sur le long terme.

Un financement Carnot a été obtenu par l'Ecole des Mines et le BRGM pour ce projet à hauteur de 300.000 euros sur deux ans. Et ce projet trouvera un autre prolongement avec Pollusol, une initiative régionale consacrée au problème des sols contaminés et portée par l’Observatoire des Sciences de l’Univers Nantes Atlantique.  

 

"Une autre façon de faire de la science"

 

Le projet s'inscrit en outre dans le cadre de la création de la Zone Atelier « Territoires uranifères de l’arc hercynien »  associant  une dizaine de partenaires. De leur côté, les élèves de l'Ecole des Mines seront eux aussi concernés : la démarche fera l'objet d'un "projet intégrateur", dans le cadre de leur cursus. Par ailleurs, AREVA soutient le programme au travers du co-financement d’une thèse en sociologie consacrée à l’ « Environnement concerté ». « Le projet vise à créer un outil d’aide à la décision afin de qualifier le territoire. Cela implique d'avoir un regard à la fois sur le passé et sur l'avenir, de croiser la modélisation et l'approche gestion du patrimoine,» explique Patrick Chardon, du réseau Becquerel.

Il s’agit de développer un outil cartographique de type SIG (Système d'Information Géographique) qui permettra de modéliser l'évolution d'un site à la fois du point de vue des sciences de la matière et de celui des sciences humaines et sociales (urbanisme, économie, sociologie...) et cela sur une très longue période. Il sera ainsi possible d'évaluer tous les scénarios possibles pour le site. « Au-delà des questions sociétales, ce travail permettra également de développer de nouvelles connaissances et de lever des verrous scientifiques » explique Gilles Montavon, directeur de recherche à SUBATECH. L'occasion de tisser des liens entre spécialistes de différentes disciplines - géographes, chimistes, sociologues, radiochimistes, etc. "C'est une autre façon, plus riche, de faire de la science", résume Sophie Bretesché. 

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