A la loupe

Vers un nouveau type de réseaux sociaux

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Quatre institutions, dont l’Ecole des Mines de Nantes, planchent sur des réseaux sociaux "spontanés" dédiés à un événement, avec une durée de vie limitée. Un sujet encore très peu exploré.

Etudier un nouveau type de réseaux sociaux, dédiés à un événement spécifique (une compétition sportive, une manifestation culturelle...), et offrant des fonctionnalités adaptées : telle est la tâche à laquelle s'est attelée un consortium de recherche associant quatre institutions (Télécom Saint-Etienne, l'INSA Lyon, l'Université de Bretagne Sud et l'Ecole des Mines de Nantes) et une entreprise (Chrono-course). Ce travail est soutenu par l'ANR (Association nationale pour la recherche), et bénéficie d'un financement à hauteur de 500.000 euros, jusqu'en janvier 2017.

Pour la plupart, en effet, les réseaux sociaux numériques actuels (Facebook, Twitter, LinkedIn...) se consacrent à la gestion de contacts, grand public ou professionnels. Quelques-uns, comme Youtube ou Deezer, s'intéressent à un sujet particulier - le partage de vidéos, la musique... Avec les "réseaux sociaux spontanés et éphémères" (RSSE), l'approche est radicalement différente : les échanges concernent un événement unique, dans un espace limité et pour une durée réduite. "Ces réseaux suscitent une foule d'interrogations, observe François de Corbière, enseignant-chercheur au département sciences sociales et de gestion de l’Ecole des Mines de Nantes. Quelle pertinence pour les informations échangées ? Comment sont-elles accessibles, et pour qui ? Quelle valeur ajoutée apportent-elles ? En quoi peuvent-ils modifier l'action des différentes parties prenantes ? "

Pour les principaux événements (championnats de football, Formule 1 ou Jeux Olympiques), les RSSE ne semblent pas en mesure de concurrencer les réseaux sociaux traditionnels ou les sites des grands médias sportifs, avec leurs forums ou leurs tchats en ligne. En revanche, les manifestations d'envergure moyenne, suscitant un fort engouement mais assez peu médiatisées, se prêtent bien au développement de ces nouveaux réseaux. Aussi le consortium de chercheurs a-t-il choisi le thème de la course à pied pour lancer un projet test, avec une entreprise partenaire : ChronoCourse, prestataire de services pour ce type d'événements.

 

Des pistes prometteuses, mais encore beaucoup de questions à traiter

 

Qu'apportent ces réseaux éphémères pour les différentes parties prenantes - organisateurs, coureurs, journalistes, spectateurs ? En quoi sont-ils susceptibles de modifier les usages et les pratiques ? Quels débouchés apparaîtront ? Il est encore tôt pour le dire. Mais déjà, différentes voies apparaissent : à la fin de la course, un coureur pourra par exemple extraire les informations qui le concernent, accéder à des photos, échanger des vidéos, etc. Les organisateurs, de leur côté, pourraient gérer les inscriptions en ligne, mettre en place un système de reconnaissance automatique des coureurs grâce à leur numéro de dossard... L’outil permettrait aussi aux entraîneurs de faire un suivi de course personnalisé. Certaines de ces prestations pourraient donner lieu à une activité rémunérée. De quoi générer alors de nouveaux services...

A moyen terme, le consortium de chercheurs envisage d'offrir le code en open source, en vue d'une utilisation pour d'autres événements - festival par exemple, ou fête locale. Des start-up pourraient voir le jour en travaillant sur le développement de nouvelles fonctionnalités... Bref, le potentiel des RSSE paraît important, mais beaucoup reste à inventer. Quid, par exemple, de la fidélisation des utilisateurs de ces réseaux ? Si elle offre des perspectives importantes, elle oblige aussi à créer des identifiants, et donc à renoncer à l'anonymat...

Pour l'heure la priorité est de choisir des solutions techniques. Des objets connectés pourraient être utilisés pour produire et partager de l’information dans le RSSE. Avec l'essor annoncé de la 5G, les mobiles pourront communiquer de pair à pair, ou via un serveur provisoire. Pour échanger autour d'un événement, les utilisateurs des RSSE devront simplement télécharger une application générique sur leur smartphone équipé d'une connexion wi-fi et choisir des plug-ins (fonctionnalités spécifiques) adaptés à l’événement couvert.

 

"Chacune des quatre institutions apporte ses compétences spécifiques, explique François de Corbière. L'UBS traite des basses couches logicielles réseau, Télécom St-Etienne des algorithmes de recommandations (la propagation des "like"), l'INSA Lyon de l’infrastructure logicielle et de l'interface homme-machine... Du côté du management des systèmes d’information, je m’intéresse avec Aurélie Girard, une collègue du LEMNA, à la valeur de l’information dans les réseaux sociaux. Cette collaboration est une expérience passionnante. Mais il y a encore beaucoup de questions à traiter, et le sujet reste très ouvert." Une première présentation à l'ANR des travaux de l'équipe est prévue en novembre.

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